La référence des rencontres d’affaires pour l’hôtellerie et le résidentiel de luxe Le Maestro du Design Pour cette nouvelle édition, nous donnons à nouveau la parole à Martin Bretécher, tout en accueillant également Benjamin Moray à la conversation. Ensemble, ils explorent le rôle de l’architecte en tant que chef d’orchestre, mettant en harmonie divers talents, disciplines et expertises pour créer un projet cohérent et mémorable.
Un mois de juin peut être réjouissant. Une première raison est que le clair-obscur des saisons s'en est allé, définitivement. Une autre raison est qu'en juin, on célèbre la musique. Une célébration qui succède à un ballet particulier, auquel participent d'heureux élus à chaque printemps. Dans ce ballet, les danseurs du devant de scène sont connus du public. D'autres acteurs pourtant plus confidentiels, tapis dans une fosse discrète, sont les indispensables fondations de la pièce. C'est l'orchestre qui, en mariant la musique à la danse, transforme la gymnastique en art et l'expertise en talent. Si les danseurs peuvent briller aux yeux de l'assistance, c'est aussi grâce à cette formation composée de savoir-faire hétéroclites. Leur symphonie est dirigée par un chef d'orchestre qui, bien que ne dansant pas et ne jouant pas, sait pourtant quand et comment faire se rencontrer cordes, cuivres, percussions et instruments à vent. Dans ce ballet récent, le chef était des cheffes. Équipées de délicates baguettes tenues assez fermement, elles ont agencé, dompté et dicté les rencontres de nombreux convives d'ordinaire peu dociles. C'est là que les financiers, fabricants et consultants, de concert avec les architectes, ont concouru à ériger de futurs hôtels. C'était ce moment fugace et solaire où des inconnus sont devenus complices, pour façonner demain, et le faire en se marrant. Quand on a été à Hostys et qu'on arrive en juin, en général, on n'est pas mécontent !
Le rapprochement entre la musique et l’architecture s’impose naturellement. Ces deux disciplines partagent des notions communes telles que la structure, le rythme, les proportions et la relation à l’espace. Toutes deux reposent sur une logique de composition où chaque élément participe à l’équilibre d’un ensemble cohérent. Cette analogie s’étend également à la figure de l’architecte, qui endosse dans la conception d’un projet un véritable rôle de chef d’orchestre. À l’image de ce dernier, il ne maîtrise pas chaque discipline dans tous ses détails techniques, mais en connaît les caractéristiques, les possibilités et les limites. Cette vision globale lui permet de faire dialoguer les différentes expertises afin d’assurer une conception cohérente, équilibrée et harmonieuse du projet. Cette posture prend une importance particulière dans les projets de réhabilitation du bâti existant. Le bâtiment constitue alors une partition initiale avec laquelle il faut composer. Chaque intervention doit s’intégrer avec précision et sensibilité dans une œuvre préexistante.
Dans le cadre d’un projet hôtelier, l’intégration des utilisateurs dès les premières phases de conception apparaît également essentielle. Comme les programmistes, ils participent à l’écriture de cette partition collective. L’architecte-chef d’orchestre doit alors écouter, interpréter et coordonner ces différentes intentions afin de leur donner une traduction spatiale harmonieuse et fonctionnelle. Au-delà de sa mission de maître d’œuvre, l’architecte assure aussi la coordination entre l’ensemble des parties prenantes : maîtrise d’ouvrage, bureaux d’études, utilisateurs, organismes de contrôle et instances administratives. Cette responsabilité prend une dimension particulière dans les projets de réhabilitation patrimoniale et hôtelière, où la qualité perçue d’un espace repose autant sur ce qui se voit que sur ce qui demeure invisible. Le projet met en œuvre une synthèse minutieuse de façon invisible. Le résultat esthétique et technique doit être à la hauteur du lieu comme dans le cas présent du Cercle de l’union Interalliée, Paris 8. Derrière l’élégance apparente d’un lieu restauré, chaque intervention technique doit trouver sa place avec précision dans des espaces souvent contraints.
À l’image d’un orchestre dont le public ne perçoit que l’harmonie finale, la réussite du projet réside dans cette coordination discrète entre architecture, technique et patrimoine.
|